Le « crowdequity » avenir du capital-risque et du capital-développement ?

joachim-dupontJoachim DUPONT
Président et Co-fondateur
ANAXAGO
Intervenant à la conférence « Structuration & Gestion d’actifs », le jeudi 8 décembre à Paris.

Efe institue un tout nouveau rendez-vous sur le thème de la structuration et la gestion d’actif. Notre première conférence vous présentera un bilan de l’année 2016 au travers des dernières ingénieries mises en place et des différentes innovations technologiques qui révolutionnent la gestion d’actif ! Tout cela vous permettra de maîtriser les enjeux de 2017 !

Joachim Dupont, Président et co-fondateur d’Anaxago, nous fait l’honneur de répondre à quelques questions.

Anaxago, après seulement 4 ans d’existence, est la première plate-forme de « crowdequity » en France. Selon les chiffres figurant sur votre site, vous avez financé 96 projets pour un peu plus de 50M€. Alors qu’en 2012 vous n’avez financé qu’une seule opération à hauteur de 130.000 euros… Quel succès !

Comment êtes-vous arrivé à appliquer les principes du « crowdfunding » au capital-risque et au capital-développement ?

L’idée d’ANAXAGO vient d’un constat simple ; l’économie collaborative prend une place croissante dans de nombreuses industries comme le transport, l’hébergement, les services à la personne et bientôt la finance.

Nous avons observé ce qui se déroulait avec les premières formes de crowdfunding qu’il s’agisse du micro-crédit permettant de financer des entrepreneurs individuels, agriculteurs ou  artisans aux quatre coins du monde jusqu’à l’émergence de Kickstarter et du financement de la culture, de l’innovation et des œuvres caritatives grâce aux dons de milliers d’internautes.

Dans cette mouvance, qui redistribue les cartes de la relation des citoyens à leur épargne et à la finance nous avons souhaité démocratiser l’accès au capital risque puis au capital investissement au sens large. Pour cela nous avons appliqué les codes et les valeurs de l’économie collaborative à savoir une transparence maximale via un nombre très limité d’intermédiaires, une expérience accrue (au-delà du simple service financier) et une plateforme web permettant de rendre accessible au plus grand nombre des investissements auparavant réservés à des professionnels.

Ainsi nous avons rencontré une forte demande de la part d’investisseurs à la recherche d’une nouvelle relation à leur épargne, et notamment la nouvelle génération plus proche des modèles orientés vers l’entrepreneuriat, l’innovation et l’économie réelle que les produits d’investissements classiques.

Puis nous avons identifié  les marchés pour lesquels les besoins en fonds propres étaient les plus prégnants. Le capital risque dans un premier temps qui faisait face en 2012 à un equity gap ou la vallée de la mort du financement pour les premières centaines de milliers d’euros à lever. En 2014 ce sont les professionnels de l’immobilier et de la construction qui nous ont sollicité pour répondre à des besoins de financement en fonds propres. C’est ainsi que nous avons choisi de lancer notre activité dans la promotion immobilière.

Comment étiez-vous perçu par les acteurs traditionnels du secteur ?

Il n’est jamais évident d’innover dans un secteur et de bousculer les pratiques historiques à travers de nouvelles formes de communication, de modèle économique et mêmes de nouveaux agréments… Même sur la partie réglementaire nous avons dû innover et créer ex-nihilo ou presque nos propres agréments en travaillant main dans la main avec les autorités de contrôle et le gouvernement pour mieux répondre aux problématiques réglementaires de notre métier…

Les premières années n’ont pas été faciles vis à vis de l’éco-système en place, toutefois certains professionnels nous ont fait confiance comme Cap Decisif (ie qui gère le Fonds de co-investissement de la région Ile-de-France) qui a été le premier acteur institutionnel à accepter un partenariat stratégique avec Anaxago.

Une fois les nouveaux agréments accordés en 2014 par le gouvernement, les choses se sont accélérées et des acteurs de la finance traditionnelle se sont rapprochés de la finance participative. Nous sommes ainsi passés du statut d’outsiders  à celui d’acteurs agréés et ce que l’on pensait être un simple feu de paille s’est montré être une tendance de fond et de société et ce au niveau mondial : les montants investis en crowdfunding  dans le monde ont atteint 34 milliards de dollars en 2015 (25 milliards dans le prêt, 2,5 milliards en capital investissement et 5,5 milliards en don).

Quel est votre rôle auprès des entreprises financées ? Et quelles garanties donnez-vous au investisseurs au-delà des réductions d’impôt ?

Notre rôle débute durant la période de sélection et d’audit durant laquelle nous listons et analysons les enjeux de l’entreprise d’un point de vue métier mais également d’un point de vue organisationnel, développement commercial, ressources humaines etc.

Cette première étape est clé pour cartographier les principaux risques de l’entreprise et accompagner l’entrepreneur dans sa levée de fonds. L’objectif étant de lever le bon montant et de disposer d’un plan de développement réaliste sur les 12 à 18 mois.

ne fois la levée de fonds réussie, c’est ici que le travail commence pour l’entrepreneur et alors se posent beaucoup de questions : Quels profils recruter ? Comment intégrer et former mes nouvelles recrues ? Et surtout la première confrontation avec la loi du marché…

C’est à ce niveau là que nous accompagnons le plus les entreprises à travers une présence au comité stratégique et une aide opérationnelle pour certaines en mettant à contribution des experts de notre réseau ou même les équipes d’Anaxago.

Anaxago étant actionnaire de chacune des entreprises présentées, nous apportons une expertise entrepreneuriale grâce au suivi de plus d’une cinquantaine d’entreprises au quotidien. Ceci est la première garantie de la protection des investisseurs au-delà des réductions d’impôts !

Quelles sont vos plus grandes réussites ? Quels sont les secteurs que vous privilégiez ?

Il est toujours tôt pour parler de réussite.t.  Sur dix ans, le capital investissement a dégagé une rentabilité de 10% net par an (à fin 2015), qui bien que largement supérieure à celle de la Bourse (environ 5%) n’en demeure pas moins une prise de risque importante. De nombreux professionnels du secteur ne sont pas à l’abri d’une erreur de jugement et savent se montrer prudents.

Jusqu’à présent au sein d’Anaxago, nous avons cédé une douzaine de participations dont les 2 premières dans l’innovation, les TRI vont de 10% à 20% dans l’immobilier et nous allons annoncer une sortie avec un multiple important dans les prochaines semaines.

Nous rassemblons également en portefeuille des entreprises avec des projets passionnants comme Acticor Biotech qui développe un molécule pour le traitement d’urgence de l’AVC ou encore la société Novolyze qui innove dans la sécurité alimentaire.

Vous avez continué votre développement vers l’immobilier et vous rencontrez un succès exponentiel dans ce domaine. Comment analysez-vous l’attrait de vos membres pour l’investissement immobilier ?

L’attrait des investisseurs pour les programmes immobiliers est assez simple, la rentabilité y est beaucoup plus prévisible qu’un investissement en capital risque avec des taux qui évoluent entre 8% et 15%. De plus la durée d’investissement de 12 à 36 mois permet de limiter l’immobilisation des fonds sur une période courte et présente un véritable intérêt.

Dans un contexte de taux très bas et de manque de lisibilité sur les marchés financiers,il est rassurant de prendre un risque que l’on comprend (i.e. la construction d’un immeuble de bureaux ou d’une résidence par exemple).

Le capital risque présente un tout autre intérêt et de potentiels retours sur investissement significatifs. Mais il est vrai que le risque n’est pas le même et que l’investissement doit être envisagé sur une période plus longue, entre 5 et 7 ans en général.

Laisser un commentaire